BIOGRAPHIE COMMENTEE









"La beauté sera convulsive
ou ne sera pas"

André BRETON









Introduction

De son vivant, l'oeuvre de Billie Holiday interessait moins que la mythologie sulfureuse de son existence perturbée.
Le cliché du génie autodestructeur alimentait la presse et ses interviews, on s'interessait davantage à son enfance misérable, son passé de prostituée, sa toxicomanie, ses séjours en prison et aux dernières accusations portées contre elle, sur son lit de mort, par le service des narcotiques.

Ce n'est qu'en 1986, vingt-sept ans aprés sa mort, qu'elle reçut une reconnaissance "officielle" et fut gratifiée d'une étoile à son nom dans l'Allée de la Gloire à Hollywood.

Elle devint ainsi la seule vocaliste de Jazz considérée comme une grande musicienne selon les critéres appliqués par exemple à Louis Armstrong, Miles Davis ou Sonny Rollins.


Son enfance

Loin d'être fiable, l'autobiographie " Lady Sings the Blues" écrite par William Dufty avec la collaboration de Billie ne permet pas de retracer clairement son enfance.
Quelques faits peuvent néammoins être retenus: aprés la naissance de Billie, Clarence Holiday son pére, musicien chez Fletcher Henderson, quitta la famille et peu de temps aprés, c'est la mére de Billie qui s'en va à New York en la confiant à des parents éloignés qui ne l'aimaient guére et dont elle n'a gardé que de lugubres souvenirs, en particulier de mauvais traitements.


Son adolescence

Devenue adolescente, Billie rejoint sa mére à New York ou elle se laisse vite entraîner dans la prostitution et subit sa premiére incarcération.

A sa sortie de prison, elle est engagée au pourboire dans les clubs de Harlem, ou elle présente un exercice de danse consciencieusement répété qui n'interesse pas grand monde, et c'est presque par hasard qu'un pianiste lui demande un soir si elle sait chanter : Billie chanta Trav'lin All Alone et Body and Soul et émut l'assistance à tel point que, du jour au lendemain, sa réputation fut faite; elle avait quinze ans.


Ses débuts


Billie,1933


Découverte en 1933 par John Hammond, elle signe un contrat avec Joe Glaser, l'agent de Louis Armstrong, et elle réalise en 1936 une série d'enregistrements avec Teddy Wilson destinés au marché naissant du juke-box.

* Voir la biographie de Teddy Wilson

Ces disques qui sont devenus des classiques de la musique populaire, sont un exemple inégalé de l'art de personnaliser une interprétation.


Lester Young

Les conversations improvisées avec le ténor de Lester Young sont de superbes échantillons de jazz de petite formation.

Billie Holiday s'efforçait de façonner son style comme le faisaient les instrumentistes qui l'inspiraient : Louis Armstrong et Lester Young dont le jeu original avait l'art de surprendre l'auditoire en plaçant l'accent ailleurs que là ou on l'attendait et en appuyant les ouvertures ou les fins de phrase de la même manière.

Toujours trés attentive aux paroles, elle n'hésitait pas à modifier les textes pour les adapter à sa personnalité avec ironie et réalisme, y mêlant l'originalité de son vécu.

Voir: Lady Day & Pres, histoire d'une amitié

voir la biographie de Lester Young

Count Basie

En 1937, Billie rejoint l'orchestre de Count Basie ou elle doit se contenter de quelques interventions chantées à la maniére de jimmy Rushing.

Ce rôle ne lui convenant pas et Count Basie ne supportant pas son manque de ponctualité, l'association tourna court et rien d'officiel ne fut enregistré.


Artie Shaw

En 1938, elle accompagne en tournée le prestigieux orchestre de danse dirigé par Artie Shaw, avec lequel elle aura une bréve liaison.
Cette tournée les conduisant dans le sud du pays, Billie devait manger seule dans le bus alors que Shaw et ses musiciens, blancs, se rendaient au restaurant.

Bien qu'elle lui fut peu profitable, cette collaboration est néammoins un exemple de l'évolution des rapports inter-raciaux dans le milieu musical de l'époque malgré le racisme ambiant.


Strange Fruit

En 1939, elle enregistre le poème anti-raciste de Lewis Allen "Strange Fruit" qui dénonce les lynchages sudistes et devient grâce à elle un "tube" universel.

Voir la page spéciale à propos de Strange Fruit

Pour une étude de tous les aspects politico-historiques de Strange Fruit, consultez l'excellente "classroom" de PBS-JAZZ:
Billie Holiday's Anti-lynching Song Strange Fruit


Son public

Dans les années quarante, Billie Holiday était une star et séduisait autant les publics jazz et non jazz.

Elle n'a jamais eu de succés assez commerciaux pour la rendre riche mais elle avait conquis un public libéral, sensible à ses émotions vécues, la sensibilité et la souffrance habitant chacune de ses intonations.


Ses échecs

Toujours en quête d'une figure paternelle, Billie collectionne les déceptions sentimentales et se succèdent à ses côtés des hommes profitant de ses revenus en constante progression alors qu'elle sombre dans la drogue.

Ses efforts pathétiques pour se réhabiliter étaient connus de tous et elle prit l'habitude de porter de longs gants pour dissimuler ses avant-bras abîmés.

La musique qu'elle enregistre à cette époque devient plus commerciale mais reste sublime dans son interprétation : Don't Explain, God Bless the Child...

Dans le milieu des années cinquante, Billie parvint à se défaire des drogues dures et avec l'aide de Norman Granz, elle reprend les tournées, enregistre et publie son autobiographie " Lady Sings the Blues".
Le répit fut de courte durée, Billie sombrant maintenant de plus en plus souvent dans une dépression intense est contrainte à raréfier ses prestations.

En mai 1959, quelques mois aprés la mort de Lester Young, Billie fait sa derniére apparition publique au Phoenix Theater de New York avant d'être hospitalisée le 31 du même mois.

Elle décèdera dix semaines plus tard.

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© Serge COLSON (2000-2003)