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Young,
Lester Willis " Prez " ou " Pres "
1909
Né le 27 Août à Woodville, Mississipi.
On sait peu de choses de son enfance, Lester Young n'a jamais aimé parler
de lui ; quand il le faisait, ses dires restaient approximatifs, les
informations différentes chaque fois, comme s'il s'amusait à éluder
la vérité et brouiller les pistes.
On sait cependant que quelques années après sa naissance, lui et ses
parents s'installent à la Nouvelle Orléans.
Le père de Lester, musicien de bon niveau, forme un groupe itinérant
(Minstrels Show) avec ses enfants (Lester, Irma et Lee) et ses neveux
qu'il appelle le " Young Family ".
Dans cet orchestre, Lester joue de la batterie.
1920
Le groupe se déplace à Minneapolis et se produit avec succès dans la
région, cela malgré les attitudes parfois méprisantes affichées contre
les nègres.
Ce " fantôme " habitera d'ailleurs pour longtemps le jeune Lester, provoquant
chez lui des dommages psychologiques profonds.
Durant ces années passées aux côtés de son père, il apprend à lire la
musique et joue différents instruments (trompette, sax alto, violon,
batterie).
1927-1930
Il quitte le groupe de son père et trouve du travail à Kansas City chez
Art Bronson (The Bostonians) qui lui achète son premier sax et avec
qui il reste environ 3 ans.
Son premier modèle est Frankie Trumbauer.
1932-1933
Il joue avec le "Original Blue Devils " de Walter Page.
1933
Il quitte Page et toujours à Kansas City, devient membre du " Benny
Moten Orchestra ".
A la Nouvelle Orléans, il joue quelque temps avec King Oliver.
1934
Après un premier engagement chez Count Basie, il rejoint le "Fletcher
Anderson Orchestra" en remplacement de Coleman Hawkins.
Il quitte l'orchestre la même année à cause de l'hostilité des musiciens
qui auraient préféré Chu Berry et se révèlent incapables de suivre son
style bien différent de celui d'Hawkins qu'on essayait de lui imposer.
1935
Il joue avec différents groupes à Kansas City.
1936
Il retourne chez Count Basie avec lequel il fait son premier enregistrement
en Octobre.
Son cachet y est moindre que chez Fletcher Henderson, mais il s'y sent
plus à l'aise laissant libre cours à son jeu pour produire les inoubliables
duos avec Herschel Evans, un autre grand ténor du Basie Band.
1937
Arrivé à un moment critique de sa vie, marqué par la séparation avec
sa première femme, il rencontre Billie Holiday.
Dans le petit appartement que la mère de Billie loue à Lester, une relation
unique et délicate s'installe entre lui et la chanteuse, donnant un
sens à la solitude de ces grands artistes si sensibles.
Ils étudient ensemble en se perfectionnant l'un et l'autre.
Les résultats de cette collaboration musicale hors du commun constituent
encore de nos jours ce qu'il est communément admis d'appeler des "enregistrements
historiques".
C'est à cette période que Billie Holiday lui donne le surnom de "Pres"
tandis qu'elle devient "Lady Day".
1938
Il participe à des concerts au Carnegie Hall organisés par John Hammond
et joue occasionnellement avec Charlie Christian.
C'est la période des fameux " Cutting Contests " entre Lester et Chu
Berry, superbe avec son nouvel instrument doré :le jeune Pres y laisse
littéralement " sur place " son glorieux confrère, improvisations et
séries de chorus sur le thème d'I Got Rythm" d'une telle intensité musicale
qu'elles "soûlent" le pauvre Chu et laissent pantois tous les musiciens
présents tels Benny Carter et Billie Holiday.
1939
La discipline et l'activité intense du Basie Band ont raison de Lester
Young, connu pour sa désinvolture, voire sa paresse.
Il quitte l'orchestre le 13 Décembre.
D'autres raisons ont été invoquées dont la mort d'Herschel Evans, son
rival mais aussi son voisin direct dans les rangs du Basie Band, ou
la décision de ce dernier d'enregistrer un vendredi 13 sans l'avoir
consulté... Lester était connu comme un grand superstitieux.
1941
Il débute sa carrière de leader d'orchestre en jouant dans les boîtes
de la 52éme rue de New York.
Introverti et timide, "génial débauché", Lester devient"accro" à l'alcool
et la marijuana.
Il retrouve son frère Lee en Californie en compagnie de Slim Gaillard
et Slam Stewart avec lesquels il signe un engagement dans un club de
los Angeles.
1942
Il enregistre avec Nat King Cole et Red Callender.
1943
Il joue avec le Basie Orchestra puis avec Dizzy Gillespie à l'Onyx Club
1944
Il est enrôlé dans l'armée en Septembre.
Par tous les moyens, il essaie de se faire réformer, sans succès : déclarant
être fumeur de marijuana, il subit en retour les foudres de ses supérieurs
et il est exclus de l'orchestre militaire.
Son commandant, originaire de Louisianne et haïssant les noirs, engage
contre Lester des poursuites et le persécute encore plus gravement quand
il apprend que la 2éme femme du Prez est blanche.
Le faisant comparaître devant la cour martiale, il réclame 5 ans de
prison ramenés par la cour à un an que Lester dût faire entièrement.
Lester sort de cette expérience détruit, physiquement et mentalement.
Découragé et déshonoré, il reprend sans conviction ses activités musicales.
Devenant de plus en plus solitaire et introverti, il cherche le réconfort
dans l'alcool et les drogues.
Il se présente comme quelqu'un ayant perdu tout espoir, endormi, mourant
d'ennui.
Quand rarement, il se met à parler, il utilise un langage bizarre bourré
de métaphores en évitant surtout de s'adresser aux blancs.
Il coupe court aux conversations en disant "Pres s'en va", s'éloignant
à petits pas et laissant l'interlocuteur profondément troublé.
Coiffé d'un "Pork Pie Hat", il s'habille de manière de plus en plus
excentrique, original jusque dans sa posture en jouant, tenant son saxophone
oblique à la hauteur des épaules.
1945
Il commence à enregistrer pour le label Aladdin entouré d'excellents
musiciens : Vic Dickenson, Dodo Marmarosa, Freddie Green et Red Callender.
Il retourne à nouveau en Californie.
1946
Il rejoint le JATP de Norman Granz.
1946-1948
Malgré son mauvais état de santé, il enregistre, toujours pour Aladdin,
d'authentiques chefs d'œuvre avec entre autres : Howard Mc Ghee, Vic
Dickenson, Willie Smith, Joey Albany, Chico Hamilton, Chuck Wayne...
1950
Lester Young poursuit inexorablement et de manière irréparable sa destruction
physique et mentale.
Sa sonorité s'affaiblit mais les enregistrements de cette époque conservent
une certaine grandeur ; il y est accompagné par de solides musiciens
tels Jesse Drake, Hank Jones, Ray Brown, Buddy Rich, John Lewis, Jo
Jones, Oscar Peterson et Barney Kessel.
1952-1953
Il participe à une tournée en Europe avec le JATP.
1955
Après un malaise, il est hospitalisé à l'hôpital Bellevue de New York.
Il en sort suffisamment rétabli pour jouer à nouveau.
1956
Il enregistre avec Teddy Wilson et revient tourner en Europe aux côtés
de Miles Davis, Bud Powell et le Modern Jazz 4tet.
1957
Il joue avec le Basie Orchestra au Newport Festival.
A la fin de l'année, il enregistre pour la dernière fois avec Basie
en Décembre.
Après l'échec de son troisième mariage, Lester vit maintenant avec une
amie dans un petit hôel de Broadway.
Il se retire des heures durant dans sa petite chambre, assis avec une
bouteille de Gin qui ne le quitte jamais, caressant les clés de son
sax, portant ses lèvres à l'embouchure sans émettre aucun son, comme
s'il était hypnotisé.
Rien ne parvient plus à le sortir de sa torpeur ou lui redonner quelque
dignité.
1958
Un médecin et un prêtre s'occupent de lui quelque temps et le maintiennent
en vie.
Il enregistre avec Peterson et un 6tet qu'il dirige.
1959
De Janvier à Mars, il est engagé à Paris au Blue Note avec Kenny Clarke
et enregistre une dernère fois :
CD JAZZ IN PARIS 589 557-2
Il rentre à New York ou il décède le 15 d'une crise cardiaque.
*
The Essential Count Basie Vol.1(1939,CBS 460061-2), Vol.2(1939-40,CBS
450828-2)
* The Savoy Recordings Vol.1(1944,Savoy 650105), Vol.2(1944,Savoy 650133)
* Pres and Teddy (1956, Verve 831270-2)
Pour en savoir plus sur Lester Young, ne manquez pas l'excellent ouvrage
que lui a consacré Alain Gerber, celui qui "raconte comme
personne" le Jazz et ceux qui l'ont fait.
Les réfèrences de ce livre
à la page BIBLIOGRAPHIE
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