l'amitié Billie Holiday/Lester Young



Lester Young


La rencontre:
New York 1934

- Qui, mieux qu'Alain Gerber pouvait raconter l'amitié hors du commun qui lia ces deux artistes exceptionnels qu'étaient Billie Holiday et Lester Young?
-
Certainement pas moi!... C'est pourquoi ces deux pages ont pour l'essentiel été bâties autour de ses récits, notamment l'excellent livret accompagnant le coffret paru chez Fremeaux & Associés "Lady Day & Pres 1937-1941" ( voir sur ce site ).

... A se procurer d'urgence pour se délecter des chefs-d'oeuvre qu'il contient, le livret d'Alain Gerber y compris.

La rencontre

D'aprés Lester Young*, ils se seraient rencontrés lors de sa première visite à New York en 1934.
C'était à Harlem, lors d'une de ces jam-sessions ou jusqu'au bout de la nuit, on se livrait bataille à coup de chorus vertigineux, un véritable jeu de massacre auquel le pacifique Lester avait la réputation d'un "tueur redoutable".
Billie raconte dans "Lady Sings The Blues" que Lester s'était tout de suite rendu compte à quel point elle adorait le voir prendre ses fantastiques solos derrière elle.
C'est ainsi qu'il avait pris l'habitude dès qu'il le pouvait, de la rejoindre dans les boîtes ou elle passait pour l'écouter et se joindre à l'orchestre.

* Lester Young "Pres", saxophoniste, clarinettiste et compositeur américain.
(Woodville, Mississipi, 27-8-1909/New York, 15-3-1959)

Voir la biographie chronologique de Lester Young

Leurs premiers chefs-d'oeuvre

Le début de leur union discographique se situe le 25 Janvier 1937 alors que Billie compte déjà une quarantaine de titres à son actif depuis sa première séance de 1934 avec "Your Mother's Son In Law" et "Riffin' The Scotch".
Lester arrive avec la section rythmique du "Count" et ses"souffleurs", lesquels ont débarqué quatre jours plus tôt pour la séance inaugurale de Basie à New York.
De cette première séance avec Billie sortent leurs premiers chefs-d'oeuvre avec entre autres "I Must Have That Man" et "This Year's Kisses".
C'est deux mois plus tard que Billie signe à son tour un engagement avec Count Basie, elle et Lester ne se quittant déjà plus depuis quelque temps.


* Voir l'indispensable CD "Lady Day & Pres (1937-1941"

Lester Young


25 janvier 1937:
leur première séance
d'enregistrement commune
Lester Young


Ils se donnent
un "nom de guerre",
Lady Day et Pres
Lady Day & Pres

C'est à cette époque que chacun d'eux recevra de l'autre son "nom de guerre".
Aux yeux de Billie, Lester était sans conteste le "Président des Etats-Unis du saxophone" et il devint pour tous le "Pres"(ou "Prez").
Quant au sublime "Lady Day", Jo Jones se souvient que dans le bus qui les conduisait à Baltimore, les gars du "Band" à Basie se laissant aller à quelques écarts de langage, il leur rappela la présence de Billie:"Il y a une lady ici!"...Et Lester en riant et approuvant, ajouta:"Oui, Lady Day."
Pour beaucoup, dont John Hammond, Lester et Billie formaient "un couple étrange, à part, pas trés à l'aise dans le monde", chacun d'eux apportant à l'autre un immense réconfort.

*Danièle Robert raconte:
"Ensemble ils rient, s'amusent comme des fous, inventent toutes sortes de farces, donnent des surnoms aux autres musiciens; ils partagent le même goût pour l'alcool et la marijuana, la même soif de rêve; ils ont surtout au coeur la même passion, poursuivent la même quête: inventer leur ligne mélodique, leur façon de la rythmer et d'en broder le tissu harmonique..."

C'est à cette époque de parfaite complémentarité (1937-1941), qu'ayant mesuré à quel point leur complicité artistique pouvait être féconde, Billie déclara qu'elle ne voulait plus faire un disque si Lester n'était pas dans le coup.

Le désenchantement

Une relation rare et profonde s'installe entre eux jusqu'en 1951, début d'une "brouille" de plus de trois ans.
Toutes sortes de motifs ont été avancés par les uns et les autres ressemblant sutout à des symptômes; l'explication se situant bien plus dans la difficulté croissante qu'ils ont eue à soigner leurs blessures à l'un et à l'autre, jusqu'a leur incapacité totale à affronter ensemble le mal semblable qui les avait frappés tous les deux.

En Juillet 1954, Billie se produit au Festival de Newport avec Buck Clayton, Jerry Mulligan et le trio de Teddy Wilson.
A la fin du premier morceau, sans crier gare, Lester s'avance de sa démarche inimitable sur le devant de la scène...A la fin du concert, ils s'embrassent en coulisses...Le mois suivant, Downbeat titrera: "Fin de la querelle".

Malgré cette épisode, Billie continuera à ne pas inviter Lester Young à ses séances d'enregistrements... Ils font pourtant partie tous les deux de la même écurie Verve.
La précieuse étincelle qui a produit tant de chefs-d'oeuvre a bel et bien disparu.

Une dernière fois en Décembre 1957, pour une émission de la chaîne CBS, le miracle se produira sur le thème de "Fine and Mellow".


SUITE :

FINE AND MELLOW, LEUR CHANT D'ADIEU



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Lester Young


1951: la "brouille"


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